Création le 12 mai 2009 au Garage, Théâtre de l’Oiseau-Mouche, Roubaix
“Après l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, la Russie… l’Oiseau Mouche.
Je retrouve son peuple. L’endroit de ce peuple. Avec évidence.
Les acteurs de cette compagnie sont un monde.
Ce sont des vies installées à un endroit devenu monde.
J’ai la sensation d’un peuple en marche qui s’est arrêté quelque part pour bâtir.
Et construire une langue propre pour une union sacrée. Avec toutes les difficultés ordinaires et extraordinaires que rencontre un peuple qui veut se construire.
Ils sont mes voisins.
Avec cinq d’entre eux, nous avons décidé de nous bâtir un voyage.
De sauter par la fenêtre pour passer des frontières.
Nous avons beaucoup parlé de nos vies, des endroits par où nous viennent les rires, des endroits par où nous sont venus les blessures, des endroits de nos désirs et des endroits des anges qui passent.
Et nous avons rêvé à des « moyens de transports ».
A des jeux qui donnent de l’air et des routes ouvertes.
Nous avons eu envie d’inventer notre nouvelle maison de A jusqu’à Z. De la bâtir avec des « matériaux récupérés ».
D’en recréer les sens et les fonctions.
De nous amuser des bric-à-brac de nos vies en toute liberté.”
Christophe Piret
L’histoire
Sur scène, cinq acteurs, un musicien et cinq boites.
Cinq containers mobiles.
Comme une maison qui se réinvente.
Avec son salon, ses chambres, son jardin, sa terrasse avec vue sur les étoiles…
Mais cette architecture varie au gré des jeux. Des désirs de liberté.
Tout est possible dans ce conte de la vie ordinaire.
Les frontières se déplacent à l’envi.
Les corps jouent avec leurs limites. Leurs fêlures.
Les langages s’amusent de leurs dérives. De leurs fractures.
Des mondes se mêlent.
Des langues s’inventent.
La pluie tombe pour mouiller les visages.
Un étrange avion prend un temps infini dans l’élan de son décollage.
Une fleur crache sa rosée pour laver la sueur des peaux.
Et dans une odeur de chocolat,
De musiques créées et jouées en direct pour ce temps-là,
Des fragments d’existences se révèlent comme autant de cadeaux.
Des rêves se révèlent comme la fève d’un gâteau.
Des histoires d’amour se tissent pour se donner l’occasion de s’inventer un bal.
Une fête.
Une fête qui met sans concession les têtes à l’envers.
Extrait 1
(Thierry)
Avoir une peau de chien noir
Avec des poils doux et lisses
C’est fait pour les caresses
Les peaux de chiens noirs
Je veux être un chien noir bleu
Pour sentir toutes les mains
Qui caressent les chiens noirs bleus
Je veux plein de caresses en dessous du cou
(…)
Un jour je serai une vieille grand-mère ridée
C’est comme ça
On devient toujours des vieilles grands-mères ridées
Des Indiennes sous la pluie
Extrait 2
(Florence)
Dans ma maison
Commencer par de la douceur
Donc commencer par du chocolat
Par une odeur qui donne du calme
Qui te fait oublier les os qui se tordent
Il y a des odeurs qui soignent les douleurs
La Compagnie de l’Oiseau-Mouche
La Compagnie de l’Oiseau-Mouche est une troupe permanente qui compte vingt-trois comédiens, personnes en situation de handicap mental. A ce jour, ce projet demeure unique en France. En effet si des expériences concluantes dans le domaine de la création artistique ont été menées avec des personnes adultes handicapées, elles sont pour la plupart à l’initiative de metteurs en scènes isolés et ont rarement accès aux circuits de diffusion professionnels.
Les formes artistiques produites par la Compagnie de l’Oiseau-Mouche sont originales et souvent inclassables, elles travaillent à la marge et le corps y occupe une place prépondérante. Le théâtre revendiqué est un théâtre porteur de singularité et de différence qui s’adresse à l’humain. Chaque création est le fruit d’une rencontre entre un artiste invité et les comédiens de l’Oiseau-Mouche qu’il a choisi d’embarquer dans son aventure. La liste de ces artistes compagnons de route est longue, mais on peut entre autres citer : Wladyslaw Znorko, Gilles Defacques, Stéphane Verrue, François Cervantes, Claire Dancoisne, Antonio Vigano, Jean-Michel Rabeux, Vincent Goethals, Sylvie Reteuna, Cyril Viallon, Christophe Bihel ou Françoise Delrue.
Le répertoire de la compagnie compte actuellement trente-trois spectacles, qu’elle a joués en France mais aussi en Italie, Allemagne, Suisse, Espagne, Canada ou Pérou…
Note du metteur en scène
Il y a un peu moins de dix ans, après avoir vu plusieurs de leurs spectacles, j’ai rencontré la compagnie de l’ « Oiseau Mouche » de manière plus intime, et donc plus profonde, au travers d’un travail que j’ai mené avec toute l’équipe. C’était une espèce de laboratoire, très libre, très plaisant, d’une force émotionnelle bouleversante, inoubliable. J’étais dans la nécessité continue d’une invention de langage et le collectif s’articulait autour de codes que je découvrais jour après jour.
La spécificité des individus présents m’amenait à réinventer ma manière de
« diriger ».
A réécrire sans cesse les petits mots de ces mondes rencontrés.
A relire sans cesse la proposition théâtrale.
A revisiter sans cesse l’expression de la proposition théâtrale.
A toujours chercher ailleurs que dans l’évidence de l’ « entendu ».
J’étais percuté par le déplacement de ces corps.
J’étais fasciné par le tour du monde que font les mots de certains d’entre eux pour entrer chez le voisin du sens avec une pertinence incontestable…
J’étais émerveillé par certains moments de syntaxe impossible.
Et de présence incomparable.
Interrogé jusqu’au cœur par les fractures qui s’imposaient d’un coup sans prévenir.
Et les failles qui s’affichaient comme des trous noirs.
Des espaces insondables.
Et des retours d’âme qui prenaient le théâtre par le bout de la peau.
« Drôle de cirque » fut le titre du résultat de cette rencontre proposée au public.
Ces moments partagés, ce monde singulier que nous avions bâti, comptent dans « ma manière » de faire du théâtre aujourd’hui.
Après cela nous nous étions donné rendez-vous. Pour continuer. Pour faire autre chose.
Certitude du désir et de la nécessité.
Et puis les chemins de chacun d’entre-nous se sont mis à s’écrire plus vite.
Nous nous sommes presque retrouvés pour partir avec les caravanes de « Mariages », mais les croisements n’ont pas pu se faire. Malice du temps et de son organisation.
Et puis « Dans ma maison ».
Le voisinage s’est imposé et toutes les pendules se sont mises à l’heure.
Rendez-vous pris dans ce pays. Enfin.
Après l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, la Russie…l’Oiseau Mouche.
Je retrouve son peuple. L’endroit de ce peuple.
Avec évidence.
Les acteurs de cette compagnie sont un monde. Ce sont des vies installées à un endroit devenu monde.
J’ai la sensation d’un peuple en marche qui s’est arrêté quelque part pour bâtir.
Et construire une langue propre pour une union sacrée.
Avec toutes les difficultés ordinaires et extraordinaires que rencontrent un peuple qui veut se construire.
Ils sont mes voisins. On va s’entrouvrir les portes.
A la différence des autres boîtes, ils seront cinq acteurs. Il me semblait indispensable qu’ils soient plus nombreux.
Construire ce voisinage, porter la fragmentation, représenter ces « facettes » du monde oiseau mouche, nécessite pour moi plus de visages. Plus de lignes de corps.
Ce tissage-là demande un plus grand nombre de couleurs de regards.
Et d’ailleurs, pour la construction de la boîte, le dialogue restera en permanence engagé avec les autres acteurs de la troupe.
Ils y tiennent et moi aussi.
Le choix des cinq fut difficile parce qu’il me semblait quasi impossible de dissocier ce monde.
Mais il y eut « l’évidence » des individus. Bien sûr.
Mais les cinq acteurs choisis se sentent les ambassadeurs des autres.
Alors ils m’ont dit qu’ils ne seraient pas cinq à jouer. Mais Vingt-trois.
Christophe Piret.
Mise en scène, textes, scénographie : Christophe Piret
Assistante à la mise en scène : Delphine Bonnaud
Avec : Florence Decourcelle, Valérie Vincent, Thierry Dupont, Thomas Frémaux, Hervé Lemeunier et Benjamin Delvalle
Musicien, création sonore : Benjamin Delvalle
Construction : Grégoire Chombard
Création lumière, régie : Frédéric Notteau
Production Compagnie de l’Oiseau-Mouche et théâtre de chambre - Coproduction Equinoxe, scène nationale de Chateauroux
Résidence au Garage, Théâtre de l’Oiseau Mouche et au théâtre de chambre - la Florentine, Aulnoye-Aymeries
Première : 12 mai 2009, le Garage.
